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La fabrique de coalitions en mouvement

Le 21 avril dernier, la Fing et ses partenaires organisaient en ligne un Reset Day 4,  un des rendez-vous réguliers d’échange, de partage et d’accélération autour des coalitions d’action que nous souhaitons engager pour la transformation du numérique. Entre session plénière, témoignages d’acteurs de la communauté Reset et ateliers coalition, une journée en ligne assez dense suivie par une trentaine de participants.

Agir en coalition

Nos Reset days permettent à la fois d’interpeller de nouvelles personnes, d’animer le réseau hétérogène qui se constitue, de mobiliser de premières intentions d’agir de groupements ou organisations. Ils sont l’opportunité de découvrir la mécanique des coalitions #Reset.

Apprendre, faire partie d’une communautés, créer de nouvelles alliances, innover collectivement dans les réponses à apporter
La méthode de coalitions #Reset (une intention transformatrice, une vision, des expériences, des problèmes et des acteurs avec lesquels s’allier pour les résoudre), peut bien sûr se mettre au service d’actions déjà engagées. La logique d’impact en 2022 peut servir à des acteurs dont les initiatives plafonnent. #Reset permet à des projets innovants  de trouver de nouvelles pistes de développement, grâce à la rencontre d’experts pluri-disciplinaires dans un cadre propositionnel.

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Interview d’Augustin Courtier, co-fondateur de l’association Latitudes

À l’occasion du Reset Day #4, Augustin Courtier, co-fondateur de l’association Latitudes, est venu témoigner de leurs actions en faveur de l’intégration d’une dimension sociétale dans les cursus des établissements du supérieur – notamment en lien avec le numérique. Cette intervention fait particulièrement écho au sujet de la coalition #3 du programme RESET “Pour des formations supérieures numériques intégrant les relations sociales et environnementales

Augustin, peux-tu présenter Latitudes et vos actions ?

L’association Latitudes a été créée il y a 3 ans par un collectif d’étudiant.e.s et d’enseignant.e.s à CentraleSupélec. La volonté initiale était de mobiliser les compétences apprises dans les enseignements, sur des projets qui oeuvrent pour l’intérêt général.

De fil en aiguille, nous sommes 3 à avoir voulu en faire notre métier et répliquer le concept dans de nouveaux établissements. Aujourd’hui, la mission de Latitudes est d’engager le monde de la tech au service de l’intérêt général à travers 3 axes de travail :

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Publication du Cahier d’enjeux « Reset »

Cette publication est issue des travaux du cycle Questions Numériques 2018-2019 de la Fing qui cherche à tirer parti de la prospective pour donner corps à un numérique qui proposerait du « mieux » plutôt que du « plus » ? Elle pose le cadre du programme d’action collectif à vocation d’impact #RESET 2022 pour transformer le numérique.

Le numérique est au coeur des transformations contemporaines, pour le meilleur, mais aussi pour le pire : domination des grandes plateformes, menaces sur les libertés et la vie privée, impacts écologiques des équipements numériques, fake news, dégradation du lien social, déqualification du travail…
Le besoin d’un Reset est un diagnostic partagé.
Profitons de ce moment particulier où les aspirations vers un “meilleur” numérique montent en puissance, tout en étant encore disparates.

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Entreprises numériques : agir pour servir les transitions

Antoine Jouteau DG / CEO Leboncoin, qui nous accueillait lors de la conférence #RESET du 3 décembre 2019, est intervenu en dialogue avec Jacques-François Marchandise, délégué général de la Fing. Un discours très clair, tweeté par le compte du groupe Leboncoin, dont nous vous proposons la retranscription.

Crédit Photo @ArnaudJacques_

| Je suis heureux de vous accueillir pour cette conférence #RESET organisée par @la_fing, avec qui nous partageons les mêmes ambitions, que notre Groupe essaie de porter auprès de ses 40 millions d’utilisateurs français.#

Leboncoin est un acteur clé de l’économie française :

  • En moyenne en 2018, les vendeurs ont gagné 437€ grâce à la vente de biens, et 3 548€ grâce à la vente de véhicules
  • 800 000 emplois sont pourvus chaque année
  • 1% du PIB en volume de transactions annuelles »

Nous sommes la première plate-forme d’économie circulaire en France et acteur clé de la transition écologique : en 2018, 8 millions de tonnes d’émission de CO2 ont été économisées grâce au réemploi. » Nous sommes l’observatoire de la vie des français. Un acteur aux premières loges face aux évolutions de la société française, témoin de l’urgence d’une transition vers une nouvelle économie plus durable et responsable. 

Leboncoin est une entreprise à part dans le secteur du numérique mais également dans le quotidien des français. C’est la prise de conscience de l’ensemble de nos externalités qui me pousse à endosser une responsabilité forte envers la société.

Le numérique de demain ne peut pas être celui des #GAFAs. On ne peut penser et promouvoir un modèle éthique de société numérique dont ses principaux protagonistes échappent à l’impôt dans les pays où elles réalisent le plus de bénéfices.

Exemplaires mais assommées, volontaires mais délaissées, les entreprises numériques françaises et européennes sont pourtant prêtes à avancer ensemble, à s’engager et à contribuer de manière positive à l’évolution de nos sociétés.

Cette rencontre est d’ailleurs la preuve qu’un numérique européen puissant, responsable et soutenable, tant d’un point de vue économique que social et environnemental, peut et doit exister.

La Fing a identifié un mode opératoire que nous soutenons pleinement et dans lequel notre groupe souhaite s’investir au maximum : la formation de coalitions.

Certains disent que le numérique est antisocial. Nous répondons qu’il existe un numérique vertueux, au service des citoyens et des transitions, qui se réinvente en permanence et transforme la société pour le meilleur. Nous en sommes le symbole.

Pour conclure :  @leboncoinGroupe est prêt à prendre toute sa place dans ces coalitions, et à impulser pleinement cette démarche. »

Retour sur la conférence #RESET

La conférence #RESET a réuni le 3 décembre dernier, 180 acteurs du numérique et de la société civile soucieux de retrouver la maîtrise de leurs choix (d’entreprises, d’acteurs publics, de citoyens, de société). Prenant appui sur une année de travail en prospective abordée par le cycle Questions Numériques de la Fing, son premier objectif était de poser les bases d’une action collective, convergente et mobilisatrice, à vocation d’impact en 2022, pour les 3 ans à venir. 

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Réinventer le numérique, urgent, vital et… stratégique ! [Communiqué de presse 27/11/2019]

COMMUNIQUÉ DE PRESSE 

Réinventer le numérique, urgent, vital et… stratégique !

Paris, le 27 novembre 2019 – À l’initiative de la Fing, des associations citoyennes et professionnelles, des entreprises, acteurs publics nationaux et territoriaux, chercheurs, se sont réunis pour organiser la Conférence #RESET le 3 décembre 2019 à Paris. Il s’agit d’engager un programme d’actions convergentes et mobilisatrices visant un impact à court-moyen terme, #RESET 2019-2022, pour transformer le numérique.


UN ENJEU STRATÉGIQUE

Un enjeu central pour les acteurs européens est de retrouver la maîtrise stratégique de leurs choix, de ne pas être condamnés à s’adapter en permanence à des décisions prises ailleurs, à une concentration extrême de la valeur, à un numérique facteur de dépendances plutôt que d’autonomie, d’émancipation ou de résilience. Trop souvent nous prenons en compte l’impact du numérique sur la société, comme si il s’agissait de le subir, tel un phénomène extérieur.

Il s’agit de répondre, en actes, à la question « quel numérique voulons-nous ? », de travailler à l’impact de la société sur le numérique, en prenant en compte les enjeux éthiques, démocratiques, sociaux, territoriaux, environnementaux pour en faire des principes d’action et des défis d’innovation. 

UN ENJEU DE LONG TERME

Le numérique d’aujourd’hui n’est pas adapté au monde de demain, à ses incertitudes, à ses ressources limitées. Quel numérique allons-nous léguer aux générations futures ? Un enjeu décisif pour l’ensemble de la société est que le numérique sorte du “toujours plus” et intègre des perspectives de long terme avec les acteurs de la société et les générations futures (cf. Objectifs du Développement Durable de l’ONU).

D’IMPORTANTES TRANSFORMATIONS SONT POSSIBLES

La Fing a conduit en 2019 une réflexion autour d’un #RESET du numérique, concrétisée par deux tribunes dans Le Monde en janvier et en septembre, et par différents temps d’échange, ateliers, productions.

La réflexion collective a permis de qualifier des leviers très significatifs : l’adoption de critères communs (éthiques, sociaux, environnementaux) par les grands commanditaires publics et privés; l’engagement des concepteurs, développeurs, designers ; l’investissement long-termiste; la pression de l’opinion et des consommateurs, l’exigence des générations futures; la construction collective de régulations; une transformation des formations supérieures et professionnelles au numérique, etc.

S’agissant du numérique, force est de constater qu’aujourd’hui aucun acteur ne peut rien tout seul, particulièrement à l’échelle européenne ou française, et par rapport aux grands acteurs mondiaux (GAFAM). Il est donc essentiel d’unir nos forces et moyens !

#RESET 2019-2022 : ENGAGER UN PROGRAMME COLLECTIF

Pour passer de la réflexion à l’action, la Fing et ses partenaires (ADEME, la Métropole Européenne de Lille, la 27e région, Le groupe La Poste, la Maif, Orange, Berger-Levrault et Vraiment Vraiment) engagent un programme collectif à vocation d’impact, avec l’objectif – immodeste mais vital – de « réinventer le numérique » : travailler concrètement à changer certaines conditions-clés dans lesquelles il se développe, afin qu’il contribue plus clairement au bien commun.

Le mode opératoire de ce dispositif sera collectif : il s’agira d’imaginer et de faire émerger des coalitions d’acteurs hétérogènes qui s’accorderont sur des objectifs à court-moyen terme (échéance 2022), pour arriver à de premiers résultats concrets. 

La conférence participative #RESET 2019 que nous organisons le 3/12 va lancer et nourrir ce programme. Elle sera conférence sera accueillie par Leboncoin à leur siège parisien. De façon significative, chez eux comme dans d’autres entreprises, la dynamique transformatrice vient des équipes elles-mêmes.

L’ambition de la FING est de rassembler des acteurs et des citoyens prêts à s’engager à participer, par leurs actions, à l’émergence d’un numérique « choisi » et dont nous pouvons être fiers. N’hésitez pas à nous rejoindre pour redessiner ensemble des horizons souhaitables ! Inscription et programme


A propos de la Fing
La Fing est un réseau d’entrepreneurs, d’acteurs publics, de chercheurs et d’experts engagés pour imaginer concrètement un numérique porteur d’avenir et centré sur les capacités humaines. Elle s’intéresse au numérique lui-même comme à ses interactions avec les transformations politiques, économiques et sociales : data et algorithmes, confiance et attention, démocratie et action publique, travail, éducation, environnement, villes et territoires…
Sa vocation première, exploratoire et prospective, s’incarne dans son média InternetActu et dans ses Expéditions : des travaux critiques, prospectifs et créatifs visant à faire émerger de nouvelles idées et pistes d’action, de recherche et d’innovation.
Elle se dote en 2019 d’une deuxième mission, transformatrice et à vocation d’impact, caractérisée par le programme collectif pluriannuel #Reset 2019-2022, à gouvernance partagée, dont la Fing est l’initiateur et l’un des opérateurs.
Elle travaille à ciel ouvert : ses productions sont librement accessibles et réutilisables.
fing.org | internetactu.net
reset.fing.org #RESET

Contact presse
Sophie Fourquet-Mahéo 
Mail : smaheo@fing.org
Tél : +33 (0)6 86 40 82 67 


Programme

Implications et participations

9h30-18h30
Keynote : Transformer le numérique
Jacques-François Marchandise – Fing

Masterclass : Réinventer le numérique, enjeu stratégique
Animation : Philippe Lemoine – Fing
Intervenants : Serge Abiteboul – Arcep, Christine Balagué – IMT-Chaire Good in Tech, Marie Ekeland – Daphni, Marylise Léon – CFDT

Masterclass : Transformer le numérique pour faire face aux transitions
Animation Daniel Kaplan – Plurality University Network
Intervenants : Frédéric Bardeau – Simplon.co, Céline Faivre – Région Bretagne, Diego Landivar – Origens Media Lab, Valérie Peugeot – Orange Labs

Keynote – Conclusion de la matinée
Salwa Toko – Conseil National du Numérique

Keynote – Entreprises numériques : agir pour servir les transitions
Antoine Jouteau – Leboncoin

Fabrique de coalitions
Introduction : Jacques-François Marchandise
Intervention : Henri d’Agrain délégué général du Cigref
Ateliers collaboratifs (3 sessions)

Agora conclusive
Animation Jacques-François Marchandise
Participants : Jérome Giusti – Metalaw, Tristan Nitot – Qwant, Porteurs de coalitions, Partenaires.

ADEME,  ANACT,  #APTIC,  ARCEP,  Assemblée virtuelle,  Association ICI,  Auxilia/Chronos,  Berger-Levrault, Cap Digital,  le Carrefour des innovations sociales,  CFDT,  Chaire Good in Tech,  CIGREF,  CNAF,  CNIL / LINC,  Collectivité de Corse,  Conseil départemental de l’Ardèche,  Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis,  Conseil National du numérique,  la Coop des Communs,  Cozy Cloud,  Cre@tic Cdg59 / DECLIC,  Daphni,  Demain.ai,  Les Designers Ethiques,  Design Friction,  Digital Commons Consortium,  Digital.green,  Digital New Deal Foundation,  DINUM,  Edtech One,  Espace 19,  Fondation Croix Rouge Française,  Le Garage Numérique,  Genève Lab,  Groupe la Poste,  Happy Dev,  Horizons publics,  l’Institut Mines Télécom, l’Institut du numérique responsable,  Kontnü,  La 27e Région,  Latitudes,  Communauté d’agglomération La Rochelle,  Leboncoin,  la MACIF,  la MAIF, la MedNum,  Metalaw,  Métropole Européenne de Lille,  Mission Société Numérique,  Natural Idées,  Orange,  Origens Media Lab,  Ouishare,  Les Petits débrouillards,  Plurality University,  POP,  Qwant, la Région Bretagne, Renault,  Réseau Canopé,  Sciences Po,  Sharers & Workers,  Vraiment Vraiment,  UNAF,  Université de Genève,  Usbek & Rica,  Wifirst, …

La Fing a le soutien de ses grands partenaires

« Quelle société digitale pour demain ? » – interview de Jacques-François Marchandise par Digital Wallonia

Fin août, Digital Wallonia organisait leur seconde université d’été des Digital Wallonia Champions, avec pour objectif de définir avec eux le modèle de société digitale pour la Wallonie. La Fing et Vraiment Vraiment ont co-organisé la journée avec l’Agence du Numérique (wallonne). Vous trouverez ci-dessous un podcast de Jacques-François Marchandise sur le sujet « Quelle société digitale pour demain ? », ainsi qu’un compte-rendu de cette riche journée sur le site Digital Wallonia

« Nous voulons un numérique émancipateur, conçu pour tous, humain, porteur de capacités et de choix » – 2e tribune #RESET

Retrouvez ci-dessous le texte complet de la 2e tribune publiée dans Le Monde, par un collectif d’ONG (dont la Fing, dans le cadre du projet #RESET) et de syndicats, appelant à mettre la transformation numérique au service du « pacte social et écologique » présenté par Laurent Berger et Nicolas Hulot et lui-même signé par dix-neuf organisations, ONG et syndicats en mars 2019.

Le modèle de société que nous connaissons est porteur d’inégalités, d’injustices et de périls écologiques, il appelle d’importantes transformations : c’est autour de cette urgence qu’un ensemble d’organisations et d’acteurs de la société civile ont proposé, le 5 mars 2019, un pacte social et écologique, « pour donner à chacun le pouvoir de vivre ». Les quatre grands objectifs visés par ce pacte impliquent de prendre en compte l’enjeu du numérique, compte tenu de son rôle croissant dans l’économie et dans la société. Qu’il s’agisse de réinventer les biens communs, de remettre l’exigence de solidarité au cœur de l’économie, de réconcilier transition écologique et justice sociale ou de partager le pouvoir, le numérique peut être un obstacle ou un atout. Loin d’être un simple outil, le numérique est à l’articulation de nombreux dispositifs qui intègrent des choix techniques, économiques, juridiques et sociaux. Ces choix peuvent concentrer ou distribuer le pouvoir et la valeur économique, gaspiller ou épargner les ressources, renforcer ou atténuer les inégalités, protéger ou menacer nos libertés. 

Qui fait ces choix, lourds de conséquences pour nos sociétés ? Dans le modèle qui s’est développé aux États-Unis, on connait la réponse : ceux qui définissent ces choix, ce sont les marchés financiers, avec tous les biais qui résultent d’un pilotage de la transformation sociale par une compétition entre valorisations boursières. Le modèle qui s’affirme en Chine est différent : même si une part de l’innovation relève du marché, la cohérence centrale y est celle d’un niveau de contrôle social qui ne correspond ni à nos valeurs, ni à nos traditions, ni à notre ambition. Alors, si on parle de bien commun, de solidarité, de transition écologique, de justice sociale et de partage du pouvoir comme nous pouvons le faire en Europe, comment faire pour ne pas subir la conséquence de choix qui ont été pris ailleurs, dans une autre logique, et qui peuvent faire obstacle à notre vision émancipatrice ? Ne faut-il pas, aujourd’hui, affirmer quelle société numérique nous voulons, et imaginer le numérique de demain en cohérence plutôt qu’en conflit avec le changement de modèle que nous appelons de nos vœux ?

Un enjeu démocratique

Quel numérique voulons-nous ? Ou plutôt quelle société numérique voulons-nous ? Ces questions, que de nombreux acteurs se posent, une tribune collective publiée dans Le Monde du 26 janvier les a relayées avec force, rejointe depuis lors par 1200 signataires. Un mouvement de réflexion, de débats et de propositions initié par la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération) se développe sur ces bases. La société civile organisée entend y prendre part.  Il y a là d’abord un enjeu démocratique, face à un numérique devenu obligatoire qui aujourd’hui distrait notre attention, nous déresponsabilise, nous surveille, nous calcule et nous optimise, mais qui, à travers la promesse d’une communication pair-à-pair et d’une organisation entre égaux, permet d’innover. Des questions nouvelles se posent, auxquelles ne peuvent répondre ni les pouvoirs verticaux, ni les consensus industriels, ni l’émiettement du pouvoir aux mains d’individus connectés. La société a besoin de formes collectives, d’articulations entre les organisations classiques et les formes émergentes que la transformation numérique a contribué à faire éclore. Nous savons ce que nous pouvons en apprendre, nous vivons les transformations internes – générationnelles, de pratiques – du militantisme, du syndicalisme, de l’engagement associatif et nous sommes convaincus qu’ils sont plus que jamais nécessaires au monde de demain.

Les dégâts du progrès

Nous avons aussi beaucoup à apporter : il y a dans nos organisations une importante tradition de réflexion et d’action sur les conséquences sociales des technologies d’information. Dès les années 70, certains d’entre nous avaient mené un important travail d’analyse sur « les dégâts du progrès », permettant la conquête de nouveaux droits de consultation et d’expertise pour maitriser les impacts de l’informatisation et de l’automatisation. D’autres sont intervenus pour que le numérique ne devienne pas un nouveau facteur de discrimination et d’exclusion, en particulier pour la recherche d’emploi. Plusieurs de nos organisations se sont par ailleurs impliquées très tôt sur les enjeux d’informatique et de libertés : l’élaboration et l’évolution de la loi, les grands combats, l’expertise au niveau des entreprises et des organisations, l’européanisation des textes, et plus récemment, la mise en place du RGPD. Depuis des décennies, nous œuvrons ainsi à construire sur la base des enjeux sociaux réels, en nous tenant à distance des représentations abstraites d’une société de l’immatériel, plus que jamais mises à mal par l’amplification des dérèglements climatiques auxquels contribuent malheureusement des technologies énergivores comme celles du cloud computing ou de la blockchain. Nous avons à poursuivre ces efforts dans les champs de la démocratie sociale comme de la démocratie technique, par des coopérations avec les acteurs de la société civile numérique.

Aujourd’hui, les dégâts du progrès sont du côté du numérique subi, celui qui conduit le travail de demain droit vers le 19e siècle, facilitant des formes d’exploitation indignes, entre les micro-tâches sous-payées des travailleurs du clic, les contrats de prestation asservissants des coursiers et autres prestataires, la puissance des dispositifs de contrôle et de calcul qui saturent les environnements de travail, la menace stérile et insensée du remplacement par la machine.

Exclusion, déshumanisation

Ils sont dans l’exploitation accrue des pays pauvres au service du confort des pays riches, ils sont dans l’évaporation de la valeur de nos bassins d’emploi territoriaux au profit de logiques d’évasion fiscale et sociale. Ils sont dans les excès d’une dématérialisation des services, qui rêve de transformer les consommateurs en concurrents des travailleurs et les citoyens en auxiliaires de la fermeture des services publics dans les territoires.

La dématérialisation peut être d’une grande utilité lorsqu’elle est facteur de choix et de temps gagné ; mais la dématérialisation obligatoire faisant écran à la relation est facteur d’exclusion, de déshumanisation et de détresse pour de nombreux usagers. Nous avons à prendre notre part dans les efforts en matière d’inclusion sociale numérique.

Mais il ne suffira pas de réparer les dégâts, de faire passer la voiture-balai : le numérique que nous voulons doit être émancipateur, conçu pour tous, humain, porteur de capacités et de choix. Lorsqu’on voit ce qui s’échange parfois sur les réseaux sociaux, c’est pourtant loin d’être aujourd’hui le cas ! L’éducation populaire et le renforcement des biens communs ont un rôle majeur à jouer pour maitriser individuellement et collectivement ces outils. L’association des agents publics, des travailleurs sociaux, des acteurs associatifs à l’amélioration des services publics de demain conditionne leur qualité, elle est une condition de légitimité démocratique.

Nous avons à construire une société de long terme, à conduire une importante transition écologique et sociale, qui prenne soin des liens entre générations, qui veille aux discriminations, aux exclusions et aux inégalités. Utilisons les potentiels de liens, de partage et d’apprentissage du numérique, qui nous rendent acteurs. Construisons les alliances et les coalitions qui permettent d’y travailler ensemble, au-delà de nos spécialités et légitimités respectives, puisque la transformation numérique comme les enjeux écologiques nous amènent à œuvrer plus que jamais à un monde commun.

Texte signé par Michel Dubromel (Président, France Nature Environnement), Claude Grivel (Président, UNADEL), Pierre Guilhaume (Coordinateur, Pacte civique), Philippe Lemoine (Président, FING), Marylise Léon (Secrétaire Générale Adjointe, CFDT), Philippe Louis (Président, CFTC), Frédérick Pairault (Président, CNAJEP), Nils Pedersen (Président, Fonda), Alain Rochon (Président, APF France Handicap), Joël Roman (Président, Ligue de l’Enseignement).

Podcast — Le numérique, le grand oublié de la transition écologique

Le numérique n’a rien de virtuel. En fait, sa matérialité est bien palpable : nos équipements ne sont qu’une facette d’une infrastructure colossale et extrêmement énergivore. Pourtant, il est le grand oublié de la transition écologique.

Nous nous sommes entretenus avec Françoise Berthoud, chercheuse au CNRS sur les impacts environnementaux des technologies du numérique, qui nous renseigne sur ses travaux, se livre sur son usage personnel de ces outils et glisse au passage des conseils aux générations futures.

Les TIC représentent plus de 10% de la consommation d’électricité mondiale (dont 30% dans les data centers, 30% pour les equipements informatiques des utilisateurs (ordi surtout) et 40% pour les reseaux de telecom). Et cela devrait augmenter de 7% par an.
Les émissions de gaz à effet de serre liées aux TICs ne représentent aujourd’hui  entre 2 et 5% de l’ensemble des gaz à effet de serre émis sur la planète, soit plus que l’ensemble de l’aviation civile.
Dans son rapport “Pour une sobriété numérique”, le Shift Project affirme ainsi que “la part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre a augmenté de moitié depuis 2013, passant de 2,5 % à 3,7 % du total des émissions mondiales.
Toujours selon le Shift Project, “la consommation d’énergie directe occasionnée par un euro de numérique a augmenté de 37% entre 2010 et 2018”.
A l’échelle mondiale, l’internet est un 6ème continent qui “pèse” chaque année 1037 TWh d’énergie, 608 millions de tonnes de gaz à effet de serre et 8,7 milliards de m3 d’eau douce, soit environ 2 fois l’empreinte de la France. (Extrait du chapitre 4 du Cahier d’exploration “Ecology by Design”).
L’empreinte carbone annuelle du Web s’élève à 830 millions de Tonnes.
Si Internet était un pays, il serait le 6ème plus gros pollueur en termes de consommation d’énergie.
La consommation énergétique du numérique augmente d’en moyenne 9% chaque année.
Netflix consomme 15% de la bande passante mondiale, et Facebook 11%.

Pour plus d’information, voir les travaux de la FING sur le sujet à travers le programme Transitions², et notamment L’agenda pour un futur numérique et écologique explore 20 défis de la transition écologique et propose de nouveaux « chemins » pour engager une plus juste contribution du numérique aux enjeux écologiques. 









https://usbeketrica.com/article/le-numerique-mauvais-eleve-de-la-transition-energetique 


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