« Quelle société digitale pour demain ? » – interview de Jacques-François Marchandise par Digital Wallonia

Fin août, Digital Wallonia organisait leur seconde université d’été des Digital Wallonia Champions, avec pour objectif de définir avec eux le modèle de société digitale pour la Wallonie. La Fing et Vraiment Vraiment ont co-organisé la journée avec l’Agence du Numérique (wallonne). Vous trouverez ci-dessous un podcast de Jacques-François Marchandise sur le sujet « Quelle société digitale pour demain ? », ainsi qu’un compte-rendu de cette riche journée sur le site Digital Wallonia

« Nous voulons un numérique émancipateur, conçu pour tous, humain, porteur de capacités et de choix » – 2e tribune #RESET

Retrouvez ci-dessous le texte complet de la 2e tribune publiée dans Le Monde, par un collectif d’ONG (dont la Fing, dans le cadre du projet #RESET) et de syndicats, appelant à mettre la transformation numérique au service du « pacte social et écologique » présenté par Laurent Berger et Nicolas Hulot et lui-même signé par dix-neuf organisations, ONG et syndicats en mars 2019.

Le modèle de société que nous connaissons est porteur d’inégalités, d’injustices et de périls écologiques, il appelle d’importantes transformations : c’est autour de cette urgence qu’un ensemble d’organisations et d’acteurs de la société civile ont proposé, le 5 mars 2019, un pacte social et écologique, « pour donner à chacun le pouvoir de vivre ». Les quatre grands objectifs visés par ce pacte impliquent de prendre en compte l’enjeu du numérique, compte tenu de son rôle croissant dans l’économie et dans la société. Qu’il s’agisse de réinventer les biens communs, de remettre l’exigence de solidarité au cœur de l’économie, de réconcilier transition écologique et justice sociale ou de partager le pouvoir, le numérique peut être un obstacle ou un atout. Loin d’être un simple outil, le numérique est à l’articulation de nombreux dispositifs qui intègrent des choix techniques, économiques, juridiques et sociaux. Ces choix peuvent concentrer ou distribuer le pouvoir et la valeur économique, gaspiller ou épargner les ressources, renforcer ou atténuer les inégalités, protéger ou menacer nos libertés. 

Qui fait ces choix, lourds de conséquences pour nos sociétés ? Dans le modèle qui s’est développé aux États-Unis, on connait la réponse : ceux qui définissent ces choix, ce sont les marchés financiers, avec tous les biais qui résultent d’un pilotage de la transformation sociale par une compétition entre valorisations boursières. Le modèle qui s’affirme en Chine est différent : même si une part de l’innovation relève du marché, la cohérence centrale y est celle d’un niveau de contrôle social qui ne correspond ni à nos valeurs, ni à nos traditions, ni à notre ambition. Alors, si on parle de bien commun, de solidarité, de transition écologique, de justice sociale et de partage du pouvoir comme nous pouvons le faire en Europe, comment faire pour ne pas subir la conséquence de choix qui ont été pris ailleurs, dans une autre logique, et qui peuvent faire obstacle à notre vision émancipatrice ? Ne faut-il pas, aujourd’hui, affirmer quelle société numérique nous voulons, et imaginer le numérique de demain en cohérence plutôt qu’en conflit avec le changement de modèle que nous appelons de nos vœux ?

Un enjeu démocratique

Quel numérique voulons-nous ? Ou plutôt quelle société numérique voulons-nous ? Ces questions, que de nombreux acteurs se posent, une tribune collective publiée dans Le Monde du 26 janvier les a relayées avec force, rejointe depuis lors par 1200 signataires. Un mouvement de réflexion, de débats et de propositions initié par la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération) se développe sur ces bases. La société civile organisée entend y prendre part.  Il y a là d’abord un enjeu démocratique, face à un numérique devenu obligatoire qui aujourd’hui distrait notre attention, nous déresponsabilise, nous surveille, nous calcule et nous optimise, mais qui, à travers la promesse d’une communication pair-à-pair et d’une organisation entre égaux, permet d’innover. Des questions nouvelles se posent, auxquelles ne peuvent répondre ni les pouvoirs verticaux, ni les consensus industriels, ni l’émiettement du pouvoir aux mains d’individus connectés. La société a besoin de formes collectives, d’articulations entre les organisations classiques et les formes émergentes que la transformation numérique a contribué à faire éclore. Nous savons ce que nous pouvons en apprendre, nous vivons les transformations internes – générationnelles, de pratiques – du militantisme, du syndicalisme, de l’engagement associatif et nous sommes convaincus qu’ils sont plus que jamais nécessaires au monde de demain.

Les dégâts du progrès

Nous avons aussi beaucoup à apporter : il y a dans nos organisations une importante tradition de réflexion et d’action sur les conséquences sociales des technologies d’information. Dès les années 70, certains d’entre nous avaient mené un important travail d’analyse sur « les dégâts du progrès », permettant la conquête de nouveaux droits de consultation et d’expertise pour maitriser les impacts de l’informatisation et de l’automatisation. D’autres sont intervenus pour que le numérique ne devienne pas un nouveau facteur de discrimination et d’exclusion, en particulier pour la recherche d’emploi. Plusieurs de nos organisations se sont par ailleurs impliquées très tôt sur les enjeux d’informatique et de libertés : l’élaboration et l’évolution de la loi, les grands combats, l’expertise au niveau des entreprises et des organisations, l’européanisation des textes, et plus récemment, la mise en place du RGPD. Depuis des décennies, nous œuvrons ainsi à construire sur la base des enjeux sociaux réels, en nous tenant à distance des représentations abstraites d’une société de l’immatériel, plus que jamais mises à mal par l’amplification des dérèglements climatiques auxquels contribuent malheureusement des technologies énergivores comme celles du cloud computing ou de la blockchain. Nous avons à poursuivre ces efforts dans les champs de la démocratie sociale comme de la démocratie technique, par des coopérations avec les acteurs de la société civile numérique.

Aujourd’hui, les dégâts du progrès sont du côté du numérique subi, celui qui conduit le travail de demain droit vers le 19e siècle, facilitant des formes d’exploitation indignes, entre les micro-tâches sous-payées des travailleurs du clic, les contrats de prestation asservissants des coursiers et autres prestataires, la puissance des dispositifs de contrôle et de calcul qui saturent les environnements de travail, la menace stérile et insensée du remplacement par la machine.

Exclusion, déshumanisation

Ils sont dans l’exploitation accrue des pays pauvres au service du confort des pays riches, ils sont dans l’évaporation de la valeur de nos bassins d’emploi territoriaux au profit de logiques d’évasion fiscale et sociale. Ils sont dans les excès d’une dématérialisation des services, qui rêve de transformer les consommateurs en concurrents des travailleurs et les citoyens en auxiliaires de la fermeture des services publics dans les territoires.

La dématérialisation peut être d’une grande utilité lorsqu’elle est facteur de choix et de temps gagné ; mais la dématérialisation obligatoire faisant écran à la relation est facteur d’exclusion, de déshumanisation et de détresse pour de nombreux usagers. Nous avons à prendre notre part dans les efforts en matière d’inclusion sociale numérique.

Mais il ne suffira pas de réparer les dégâts, de faire passer la voiture-balai : le numérique que nous voulons doit être émancipateur, conçu pour tous, humain, porteur de capacités et de choix. Lorsqu’on voit ce qui s’échange parfois sur les réseaux sociaux, c’est pourtant loin d’être aujourd’hui le cas ! L’éducation populaire et le renforcement des biens communs ont un rôle majeur à jouer pour maitriser individuellement et collectivement ces outils. L’association des agents publics, des travailleurs sociaux, des acteurs associatifs à l’amélioration des services publics de demain conditionne leur qualité, elle est une condition de légitimité démocratique.

Nous avons à construire une société de long terme, à conduire une importante transition écologique et sociale, qui prenne soin des liens entre générations, qui veille aux discriminations, aux exclusions et aux inégalités. Utilisons les potentiels de liens, de partage et d’apprentissage du numérique, qui nous rendent acteurs. Construisons les alliances et les coalitions qui permettent d’y travailler ensemble, au-delà de nos spécialités et légitimités respectives, puisque la transformation numérique comme les enjeux écologiques nous amènent à œuvrer plus que jamais à un monde commun.

Texte signé par Michel Dubromel (Président, France Nature Environnement), Claude Grivel (Président, UNADEL), Pierre Guilhaume (Coordinateur, Pacte civique), Philippe Lemoine (Président, FING), Marylise Léon (Secrétaire Générale Adjointe, CFDT), Philippe Louis (Président, CFTC), Frédérick Pairault (Président, CNAJEP), Nils Pedersen (Président, Fonda), Alain Rochon (Président, APF France Handicap), Joël Roman (Président, Ligue de l’Enseignement).

Podcast — Le numérique, le grand oublié de la transition écologique

Le numérique n’a rien de virtuel. En fait, sa matérialité est bien palpable : nos équipements ne sont qu’une facette d’une infrastructure colossale et extrêmement énergivore. Pourtant, il est le grand oublié de la transition écologique.

Nous nous sommes entretenus avec Françoise Berthoud, chercheuse au CNRS sur les impacts environnementaux des technologies du numérique, qui nous renseigne sur ses travaux, se livre sur son usage personnel de ces outils et glisse au passage des conseils aux générations futures.

Les TIC représentent plus de 10% de la consommation d’électricité mondiale (dont 30% dans les data centers, 30% pour les equipements informatiques des utilisateurs (ordi surtout) et 40% pour les reseaux de telecom). Et cela devrait augmenter de 7% par an.
Les émissions de gaz à effet de serre liées aux TICs ne représentent aujourd’hui  entre 2 et 5% de l’ensemble des gaz à effet de serre émis sur la planète, soit plus que l’ensemble de l’aviation civile.
Dans son rapport “Pour une sobriété numérique”, le Shift Project affirme ainsi que “la part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre a augmenté de moitié depuis 2013, passant de 2,5 % à 3,7 % du total des émissions mondiales.
Toujours selon le Shift Project, “la consommation d’énergie directe occasionnée par un euro de numérique a augmenté de 37% entre 2010 et 2018”.
A l’échelle mondiale, l’internet est un 6ème continent qui “pèse” chaque année 1037 TWh d’énergie, 608 millions de tonnes de gaz à effet de serre et 8,7 milliards de m3 d’eau douce, soit environ 2 fois l’empreinte de la France. (Extrait du chapitre 4 du Cahier d’exploration “Ecology by Design”).
L’empreinte carbone annuelle du Web s’élève à 830 millions de Tonnes.
Si Internet était un pays, il serait le 6ème plus gros pollueur en termes de consommation d’énergie.
La consommation énergétique du numérique augmente d’en moyenne 9% chaque année.
Netflix consomme 15% de la bande passante mondiale, et Facebook 11%.

Pour plus d’information, voir les travaux de la FING sur le sujet à travers le programme Transitions², et notamment L’agenda pour un futur numérique et écologique explore 20 défis de la transition écologique et propose de nouveaux « chemins » pour engager une plus juste contribution du numérique aux enjeux écologiques. 









https://usbeketrica.com/article/le-numerique-mauvais-eleve-de-la-transition-energetique 


https://t.co/ZWZBlnY9zk


Tribune : Un nouveau modèle européen de l’innovation

Nous republions ici la tribune rédigée et publiée par la Fabrique des Mobilités, qui a été signée par une trentaine de personnes, dont Jacques-François Marchandise pour la Fing. Elle est totalement dans la lignée de notre défi #Reset appelant à une autre innovation mais aussi de notre projet Innovation Facteur 4.

Alors que l’Europe est aujourd’hui fortement questionnée sur ses volets économique, solidaire et écologique, une composante est peu présente dans le débat : l’innovation. Pourtant, elle est un enjeu clé des défis européens pour les prochaines années.

Edgar Morin définit nos défis modernes comme le changement climatique par leurs complexités, c’est à dire par ce « tissage » entre les champs de connaissance dont il faut restituer le contexte, les interactions et en particulier les rétroactions.

Notre principal ennemi : le temps

La rapidité d’évolution de nouvelles puissances économiques comme la Chine, mais aussi de notre climat et environnement ne cessent de croître alors que le temps d’évolution culturelle de nos organisations marque le pas. L’Europe semble à l’arrêt et peine à se trouver un modèle collectif.

Toutes les organisations publiques et privées deviennent de plus en plus interdépendantes les unes des autres pour concevoir, expérimenter et tenter de répondre à nos principaux défis. Malheureusement elles peinent à évoluer à la bonne vitesse et à se coordonner efficacement.

Plus les dépendances entre les parties prenantes d’un domaine ou d’un problème sont nombreuses et inter-liées, plus il devient difficile à chaque acteur de se coordonner avec une multitude d’autres intervenants quand les ressources sont fermées et brevetées. À l’inverse, l’utilisation de ressources ouvertes démontre alors leur supériorité car elles permettent à un groupe qui les emploie de les utiliser plus rapidement, de s’ajuster et se reconfigurer en permanence. Il y a alors moins de barrières, plus de liens, plus d’innovations. Pour chaque ressource, les conditions d’accès doivent être définies pour qu’elle soit utilisable, manipulable par un maximum d’acteurs.

Il s’agit de gérer un compromis. D’un côté une ressource fermée protège sa valeur donc réduit les connexions potentielles avec d’autres acteurs et oblige le propriétaire à financer entièrement son développement. De l’autre côté, la valeur d’une ressource ouverte peut s’élargir au point de dépasser son créateur et trouver une communauté qui la fera grandir et augmenter les connexions. Pour gérer cette ouverture, une communauté d’intérêt définit des règles sous forme de licence et une gouvernance. La ressource ouverte s’appelle alors un commun.

Découvrez de nouveaux alliés

Lorsqu’une ressource est ouverte, alors toutes les parties prenantes peuvent prendre connaissance des plans et du contenu de la ressource pour s’en inspirer, s’en servir ou s’y connecter voire proposer de nouvelles versions adaptées à leurs besoins en respectant les règles indiquées dans la licence. Il se crée ainsi un socle commun transparent d’usage et d’innovation. Dans toutes les organisations publiques et privées (association, coopérative, entreprise, agence, école ou laboratoire), il devient essentiel d’intégrer les communs et apprendre à en faire levier. Ce n’est plus une option, c’est un nouveau moyen d’action dans un monde complexe, au sens d’Edgar Morin.

Une ressource ouverte facilite également la formation et l’éducation en donnant accès à tous les composants matériels et logiciels. Par exemple, l’Université de Rennes finalise la documentation d’un véhicule électrique open source. Ce véhicule devient un support pédagogique et une base de développement technique pré-industriel pour des entrepreneurs, des enseignants et des chercheurs. Plusieurs écoles et laboratoires souhaitent désormais utiliser ce commun pour constituer une communauté d’intérêt nationale et, espérons, bientôt européenne.

Du côté des entreprises, Baidu, le Google Chinois, s’est engagé dans la course aux véhicules autonomes en lançant Apollo.auto avec de nombreuses briques open source logicielles mais aussi matérielles. Google exploite le potentiel de l’open source avec le partage d’outils de développements du type TensorFlow et autres projets logiciels. C’est une option pour rallier un grand nombre d’acteurs potentiellement concurrent, les amener à collaborer à grande échelle et à produire des ressources utiles en quelques mois. La valeur n’est plus uniquement dans la ressource elle-même mais dans la communauté capable de la développer et la faire croître rapidement.

Les superpouvoirs des communs

Les communs permettent de mutualiser des dépenses, construire des standards, rallier des communautés internationales, construire de nouveaux modèles d’affaires, se concentrer sur sa réelle valeur ajoutée et accélérer la diffusion de solutions technologiques. Les communs sont utilisables à la fois par les industriels mais également des startups, des laboratoires ou des écoles. En conséquence, nous proposons aussi aux structures de financement publiques nationales et européennes d’évoluer pour mieux les soutenir.

Dans un monde de ressources fermées, c’est bien la partie la plus lente de chaque écosystème « Grappe d’industriels – Territoire – Acteurs publics – Formation Recherche » qui définit la vitesse d’innovation de l’ensemble. Dans un monde avec des ressources ouvertes, c’est la possibilité d’une innovation plurielle, parallèle, partagée qui garantit une vitesse élevée et la propagation d’une diversité de solutions. C’est donc une course d’un genre nouveau qui mélange des compétences, des intérêts, des types d’acteurs, obligés de se coordonner dans le mouvement avec de nouvelles opportunités technologiques qui s’ouvrent au fil du temps. La synchronisation et l’alignement des moyens humains et financiers deviennent tout aussi importants que les compétences techniques de chaque acteur et cet alignement est favorisé par des ressources ouvertes.

En France, plusieurs structures généralement associatives agissent concrètement aujourd’hui pour développer des communs dans le droit (Open Law), la mobilité (Fabrique des Mobilités), l’entrepreneuriat en Afrique lancé par le Conseil Présidentiel pour l’Afrique (Digital Africa), le développement de la démocratie (Code for France). Des initiatives comme Public Money, Public Code ou Sharing & Reuse portent également cette volonté de renforcer l’utilisation et le financement des logiciels libres et open source.  Puisque les ressources sont ouvertes, il n’y a plus de frontières géographiques, ce sont de larges écosystèmes qui deviennent capables de se coordonner comme le montre Digital Transport 4 Africa lancé par l’Agence Française de Développement avec le World Resources Institute. Cela permet également l’engagement direct des citoyens avec l’initiative Fédération Open Space Makers initiée par le CNES dans le spatial. Au niveau de l’Etat, l’Agence du numérique porte également cette démarche autour des communs numériques via la coopérative MedNum pour les collectivités. Au niveau international des organisations à but non lucratif comme la Document Foundation, OW2, des fondations comme la Linux Foundation, Eclipse rassemblent des acteurs industriels dans plusieurs secteurs, ou encore Decidim en Espagne qui développe une plateforme de démocratie participative open source.

Pour changer les résultats, changer les financements

Le soutien public à l’innovation doit donc évoluer pour mieux financer les ressources ouvertes en incitant à la production de communs dans tous les appels à projet ou en lançant des challenges ouverts et ainsi contribuer à créer des emplois. En spécifiant les objectifs à atteindre comme par exemple, une mobilité sans-carbone ni pollution, il sera possible de produire des ressources ouvertes utiles à l’écosystème, capables de se développer quel que soit le destin de chaque projet. Chaque commun améliore également les capacités de coordination des acteurs entre eux. Plus important, la présence active du secteur public dans ces projets de communs est une condition indispensable pour intégrer les préoccupations d’intérêt général dont les acteurs publics sont les dépositaires.

Nous appelons les élus et décideurs publics à intégrer au plus vite le formidable potentiel des communs dans tous les dispositifs publics de soutien à l’innovation aux niveaux européen, nationaux et régionaux.

Notre temps est compté pour renforcer les écosystèmes par les communs et inventer une voie européenne, citoyenne et durable.

Signataires : Gilles BABINET (entrepreneur, vice-président du Conseil National du Numérique), Karima DELLI (Députée européenne en charge des transports), La Médiation Numérique, Karim SY (Digital Africa, membre du CPA), Michel BAUWENS (P2P foundation), Hervé PILLAUD (Membre Conseil National du Numérique), Jérôme GIUSTI (Avocat), Paul-Olivier DEHAYE (Personal Data), Josephine GOUBE (Techjugees), Amandine CRAMBES (Candidate élections européennes 2019, EELV), Thanh NGHIEM (Crapauds fous), Vincent KAUFMANN (EPFL), Jaime ARRENDONDO (Entrepreneur Bold & Open), Marina RACHLINE (The Camp), Erik GRAB (Michelin), Gaël BLONDELLE (Eclipse Foundation Europe), Cédric THOMAS (OW2), Damien HARTMANN (Fédération – Open Space Makers), Benjamin JEAN (Open Law, Inno³), Léthicia RANCUREL (TUBA), Thomas COTTINET (Liberté Living-Lab), Jacques-françois MARCHANDISE (FING), Bertil de FOS & Bruno MARZLOFF (Chronos), Olivier DUQUESNE (Club Linux-Nord-Pas de Calais), Hélène BEJUI (Groupe SOS), Simon SARAZIN (Optéos), Brigitte TROUSSE (France Living Labs), Thierry BARBAUT, Mehdi OMAROUAYACHE (COOFA), Olivier CLOTEAUX (Anayet), Olivier JASPART, Julien LECAILLE, Silvère MERCIER, Ricard ESPELT (UOC), Gabriel PLASSAT (La Fabrique des Mobilités).

Retour sur les 3 ateliers contributifs #RESET

Début avril, 3 ateliers contributifs #RESET étaient organisés : un à Cap Digital avec la communauté Fing et des signataires de la tribune, un au CRI avec des étudiants, et le dernier à TheCamp avec les 1ers signataires de la tribune. Merci encore à ces 3 lieux de nous avoir accueilli dans de si bonnes conditions !

Six thématiques ont été traités : un numérique capacitant, un numérique innovant, un numérique protecteur, un numérique frugal, un numérique non-discriminant et un numérique démocratique.

RESET est loin d’être fini : nous allons réunir et travailler toute la matière produite pendant ces 3 jours pour produire un cahier d’enjeux, mais aussi d’actions et d’engagements. Nous publierons un ligne une partie du contenu pour vous permettre de l’enrichir avant publication finale.

Vous pouvez d’ores et déjà lire le compte-rendu de 3 participants en cliquant sur ce lien et continuer de contribuer en ligne sur notre forum.

Podcast – Tommaso Venturini : le problème des fake news, ce n’est pas qu’elles soient fake

L’enjeu des « fake news » se situe t-il vraiment sur le terrain de la vérité ? Pas si sûr. Mais cela ne classe pas le problème : Tommaso Venturini reste convaincu qu’elles sont néfastes pour le débat public. Il revient sur leur dangerosité, pointe du doigt ce qui leur permet de proliférer sur internet, et dresse la liste des chemins sur lesquels avancer pour nous protéger de ce phénomène.

Tommaso Venturini est chercheur au Centre Internet et Société du CNRS, chercheur associé a l’INRA et au Sciences Po Medialab, et également fondateur du Public Data Lab. Il a co-écrit « A Field Guide to « Fake News » and Other Information Disorders ».

Blockchain et écologie : sont-elles vraiment incompatibles ? Questions à Clément Jeanneau


Clément Jeanneau est cofondateur de Blockchain Partner et auteur du rapport L’Age du web décentralisé. Il est également derrière le blog Signaux Faibles.

Que vous inspirent les appels à la refondation du web ?

Je partage la majorité du diagnostic mais une chose me chagrine quand j’écoute les nombreuses voix qui appellent – ce dont je me réjouis – à faire évoluer le web pour qu’il soit moins concentré autour d’une poignée de géants tout-puissants : il est trop peu question de ce qui est devenu l’éléphant dans la pièce, à savoir la blockchain. Aucun écosystème ne semble pourtant aussi dynamique et – il faut le dire – bien parti pour créer ce web décentralisé que tant appellent de leurs vœux. Le projet Solid de Tim Berners-Lee est par exemple intéressant pour faire prendre conscience du diagnostic, mais peinera à réunir autant de forces vives que l’écosystème de la blockchain Ethereum pour atteindre l’objectif souhaité. En réalité une grande part des projets de décentralisation du web courent simplement le risque de vivoter car ils manquent de logiques d’incitation économique, qui sont justement à l’œuvre dans la blockchain Ethereum.

J’ai bien conscience que la blockchain agace ou dérange. Trois raisons l’expliquent.
1/ D’abord sa médiatisation sensationnaliste qui a vu le sujet passer du blockchain-bullshit au blockchain-bashing, pour des raisons que j’expliquais dans une analyse récente.
2/ Ensuite, plus simplement, le fait qu’il s’agit d’un sujet qui reste incompris – or il n’est jamais évident, surtout lorsqu’on est reconnu comme expert du numérique, de reconnaître qu’on maîtrise mal un champs de cette sphère numérique. C’est dommage car ce faisant, on se prive d’immenses nouvelles pistes de réflexion et de découvertes de développement déjà en cours (qui n’attendent de toute façon pas notre assentiment pour émerger). C’est dommage, aussi, parce que cette réflexion et cette construction se font alors sans nous. Or le monde de la blockchain a aussi besoin de regards extérieurs qui ont l’intelligence de s’y plonger avec humilité et qui peuvent y porter certaines valeurs. Attendre passivement, c’est prendre le risque que l’on ne soit plus en situation, demain, si ces innovations s’imposent massivement, de tenter de les orienter dans le sens que l’on aurait pu souhaiter.
3/ Enfin, la blockchain est parfois soigneusement évitée pour sa réputation poisseuse pour ne pas dire salissante, liée à l’image que l’on s’en fait, dont son impact écologique qui a été décrit de long en large comme catastrophique. 

La blockchain est pourtant extrêmement gourmande en énergie…

Oui – du moins pour la blockchain Bitcoin, ce qui n’est pas le cas pour les blockchains dites privées (celles construites par les entreprises, dans le domaine bancaire, en traçabilité dans l’agroalimentaire, le luxe, etc., qui n’ont, elles, pas recours à des cryptomonnaies) et ce qui n’a pas vocation à l’être pour la blockchain Ethereum qui est le socle de ce web décentralisé en cours de développement. Ethereum a le projet de passer à un algorithme bien moins énergivore que celui de Bitcoin.

Cela étant dit, j’entends beaucoup de raccourcis sur le sujet – au-delà du fait que les éléments souvent avancés manquent de rigueur scientifique et d’honnêteté intellectuelle (extrapolations très imprécises, sensationnalisme, etc.). Un des premiers raccourcis est de raisonner de façon fixe dans le temps. Les progrès techniques sont souvent négligés dans les analyses – et je ne parle pas simplement de potentielles découvertes dans les années et décennies à venir, mais d’avancées déjà en cours d’application et d’adoption. Au niveau du matériel, l’arrivée de nouvelles puces a permis ces dernières années de diviser par près de cinq la consommation énergétique de Bitcoin, et un grand travail continue d’être fait en ce sens. Au niveau des couches protocolaires, une innovation comme le Lightning Network permet de démultiplier le nombre de transactions dans un même bloc, sans augmenter en proportion la consommation énergétique.

Mais cela ne change pas le modèle de Bitcoin qui doit consommer beaucoup d’énergie pour fonctionner, par nature.

C’est indéniable. Mais il ne faut pas confondre consommation énergétique et empreinte écologique. Ce qui est importe, c’est le moyen de production d’électricité qui est utilisé. Une même quantité d’électricité peut correspondre à des quantités de CO2 très différentes selon qu’elle soit produite avec du carbone fossile (charbon, pétrole, gaz) ou avec des énergies renouvelables. Or plusieurs études – dont l’étude indépendante menée par l’équipe de recherche spécialisée sur les cryptoactifs de l’Université de Cambridge – indiquent que la majorité des infrastructures de minage de Bitcoin utilisent aujourd’hui des énergies renouvelables, en partie ou en quasi-totalité

Ce n’est pas (encore ?) le cas de tous les mineurs (ceux qui valident les transactions sur le réseau en mettant à disposition leur puissance de calcul)mais il faut bien comprendre que les mineurs ont un intérêt économique à ce que leur consommation énergétique diminue, puisque cela augmente leur rentabilité. Dès lors, ils cherchent l’énergie disponible la plus économique, ce qui passe souvent par des usines hydroélectriques et d’autres sources d’énergie renouvelable. Malheureusement, parfois l’énergie la moins chère est le charbon, parce que ceux qui le brûlent ne payent pas son véritable coût ; mais le problème repose alors avant tout sur les politiques gouvernementales qui subventionnent le charbon indirectement.

La plupart des mineurs ne sont-ils pas en Chine, premier producteur mondial de charbon ?

C’est vrai, mais deux choses sont différentes sont mélangées. Le minage de bitcoins n’a rien de consubstantiel au minage de (blocs de minerais de) charbon. Je ne peux m’empêcher de penser que le fait que le terme soit le même engendre inconsciemment une confusion. 

Si les fermes de minage sont effectivement souvent chinoises, elles sont loin de fonctionner toutes avec des centrales à charbon, pour les raisons économiques citées ci-dessus. Une partie importante de l’électricité utilisée pour le minage en Chine provient ainsi de centrales hydrauliques dans les montagnes du Sichuan. Il s’agit non seulement d’énergie renouvelable, mais aussi et surtout d’énergie qui n’est pas consommée sinon (et pourtant bien produite) car située à des endroits où l’offre est supérieure à la demande.

Pour vous, la blockchain ne pose donc pas de problème écologique ?

Ce n’est pas ce que je dis. La consommation énergétique importante de Bitcoin fait de son impact écologique un sujet d’attention important, qu’il sera essentiel de suivre de près.

En revanche, il y a sur le sujet beaucoup d’incompréhension d’une part, et d’hypocrisie d’autre part.

Cette incompréhension tient aux différents éléments cités ci-dessus mais pas que. Aussi surprenant soit-il, et sans que cela ne masque le reste, Bitcoin peut aussi être un vecteur d’accélération de la transition énergétique. D’abord parce que le minage est un moyen particulièrement prometteur de favoriser les progrès d’efficience énergétique et d’exploitation optimale d’énergie renouvelable, puisque les mineurs ont un intérêt économique direct à ce que ces progrès voient le jour. Leur rentabilité dépend de cette efficience, or d’immenses sommes d’argent (leurs bénéfices) sont en jeu. Ensuite parce que le minage permet de soutenir des sites de production d’énergie renouvelable en attendant que ceux-ci deviennent rentables. Cet argument n’est pas seulement théorique : l’entrepreneur Sébastien Gouspillou explique par exemple que l’un des plus grands parcs solaires d’Afrique, jusqu’ici bloqué pour des raisons économiques, a pu voir le jour au Maroc grâce à l’apport du minage, qui a apporté la rentabilité qui manquait au projet.

Par ailleurs, il faut rappeler que l’une des forces de Bitcoin est d’être une monnaie limitée en nombre : il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins en circulation. C’est l’inverse de nos systèmes monétaires actuels dont les mécanismes de création monétaire et de dettes participent de facto à la croissance économique supposée infinie (…malgré un monde, lui, bel et bien fini !) et à la sur-exploitation des ressources terrestres. Bitcoin offre une diversité monétaire dont le principe de finitude correspond bien mieux, écologiquement, aux horizons vers lesquels nous tendrons, que l’on choisisse de s’y préparer en amont ou non. 

Enfin, il y a une certaine hypocrisie à pointer du doigt l’impact écologique des blockchains de façon spécifique. D’une part parce qu’il est très peu question de l’impact écologique du système financier classique ou de celui de l’extraction d’or, où il y aurait pourtant matière à redire. D’autre part parce que c’est tout le modèle numérique (dominant) qui devrait être sous le feu des projecteurs de façon générale, comme l’a bien montré l’étude récente du think tank The Shift Project. Cela ne doit en aucun cas servir d’excuse pour les acteurs des blockchains ; mais se préoccuper de l’impact écologique des seules cryptomonnaies et non du reste du secteur numérique serait schizophrène

Au fond, ma conviction est la suivante : si les blockchains et les cryptomonnaies sont autant critiquées pour leur coût énergétique, c’est également parce que leur utilité, et en particulier leur utilité sociale, reste incomprise. En la matière, les acteurs du secteur ont encore un grand travail de pédagogie à effectuer… à condition qu’ils puissent trouver en face des oreilles attentives et ouvertes d’esprit.


Clément Jeanneau prépare une étude complète sur l’impact écologique des blockchains et cryptomonnaies, bientôt publiée sur le site Blockchain Partner.

Podcast : Francesca Musiani fait son reset du Web centralisé

L’ère du Web décentralisé est-elle définitivement derrière nous ? La chercheuse Francesca Musiani joue le jeu du reset en pointant du doigt les forces et les faiblesses des différents modèles d’architecture du réseau. Elle nous partage au passage sa vision d’un Web idéal, qui “préserve la possibilité de l’innovation, de façon dynamique et de manière ouverte”.

En bref :
4:10 : Les limites de la centralisation du Web
9:50 : Le Web idéal
16:00 : Les chemins vers la décentralisation

Francesca Musiani est chargée de recherche à l’institut des sciences de la communication du CNRS, chercheuse associée au Centre de sociologie de l’innovation de l’école des Mines ParisTech, vice-présidente en charge de la recherche d’Internet Society France et est l’auteure d’une thèse en socio-économie de l’innovation du nom de “Nains sans géants : Architecture décentralisée et services Internet”.

Rejoignez la discussion sur un ou plusieurs défis Reset sur agora.fing.org !

Vers des logiciels et des sites plus écologiques et éthiques ?

Photo de rawpixel on Unsplash 

Le monde du développement web s’intéresse de plus en plus à la question de la soutenabilité de leur travail, non pas seulement pour des raisons écologiques, mais aussi pour des raisons de performance et d’expérience utilisateur.

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Contribuez au projet RESET !

« RESET – quel numérique voulons-nous? » est un projet sur lequel nous travaillons à la Fing depuis l’été 2018. Nous avons rédigé une première version des fiches défis (travail qui est loin d’être exhaustif, que ce soit pour la liste des défis mais aussi le contenu des fiches) et mis en ligne un formulaire pour avoir quelques contributions avant le lancement officiel. Les questions portaient sur les défis (sur quels sujets le numérique a-t-il besoin d’un RESET, d’une remise à zéro, d’une réorientation profonde ? Qu’est-ce qui ne peut plus durer ?), sur des visions (quelles directions devrions-nous explorer pour résoudre ces défis?) et sur les initiatives existantes (projets, réseaux, actions, … qui proposent des voies différentes). Un atelier en région PACA nous avait également permis d’obtenir des contributions complémentaires.

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